Adaptation des « Petits poèmes en prose », de Baudelaire. Avec Pierre-Alain Chapuis.
Si vous ne connaissez pas cette oeuvre, vous vous trompez sur ce qu’est, ce que peut la poésie.
Qu’est-ce qu’un poète ? Pour la plupart des contemporains de Baudelaire, c’est « un nigaud, un rêveur ». Pour nous, qui laissons la poésie aux enfants ou, quand ils ont grandi, aux farfelus, il n’en va guère autrement. Chant des zoziaux, amourettes déclamées à tue-tête, extatiques couchers de soleil… Quant à Baudelaire, on le réduit souvent à l’attirail satanique qu’on trouve parfois dans les « Fleurs du mal ».
Ici, rien de tout cela. Prenant la forme de courts récits, sa poésie évoque un monde étonnamment proche du nôtre. Dans le Paris des années 1860, Baudelaire croise les figures fraternelles de la petite vieille, du vieux saltimbanque, de mademoiselle Bistouri, autant d’ « éclopés de la vie » qui le conduiront à chanter « le chien crotté, le chien pauvre, le chien sans domicile ». Ces alter ego que la hantise a déformés passent en foule dans son esprit, qui devient pour nous un immense théâtre d’ombres. L’image en médaillon évoque cette étrange Bistouri qui aborde Baudelaire une nuit et qui fantasme sur les chirurgiens...
Alors, qu’est-ce qu’un poète ? Un sismographe d’une extrême tendresse. Et Baudelaire, entre sarcasme et déréliction, est le premier à rendre coup pour coup à un monde qui, déjà, tremblait sur ses bases.